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JACQUES BERTIN, “Comme un pays” Il y a chanson et chanson. Et on n’écoute pas Bertin comme on le ferait d’un autre artiste, plus ou moins distraitement. On l’accompagne sur ses portées, on se laisse emporter, presque main dans la main avec cet homme. Par lui on se penche sur soi, sur son passé et ses regrets, sur sa vie, sur ce qu’on est, sur le temps qui passe… Ce sont des ballades où chaque mot sait son exact poids. Où chaque syllabe est précieusement, respectueusement prononcée, l’intonation calculée, l’émotion évidente. D’autant plus que « le dernier acte est annoncé / Toutes les feuilles sont tombées / Voici l’hiver et le grand bateau va passer. » La Loire pour compagne fidèle, le havre d’une maison, l’amour et l’amitié, les livres (qui ornent tant la pochette que le livret, en des étagères dont le contenu est l’adn de l’artiste), tout est Bertin dans l’inspiration, dans les thématiques. Et la mort, plus présente encore. Si le chanteur, rare en scène, ne s’y accompagne qu’à la guitare, l’orchestration est ici autre, plus riche, jazz et guinguette, enjouée, comme contrepoint à beaucoup de mélancolie. Sans que ce soit évidence ou religion, le critique n’a que peu à redire d’un disque de Bertin, ni de celui-ci ni des précédents. La rareté des livraisons est largement compensée par des merveilles d’écriture, ces textes ciselés, précis, qui sont la marque de son petit artisanat, l’estampille d’un de nos plus grands auteurs interprètes. Comme un pays est son vingt-quatrième album, cinq ans après No surrender !, le précédent. Deux ans après Que faire ?, enregistrement public. Avec toujours Laurent Desmurs aux claviers comme aux arrangements, secondé de quelques autres musiciens.
Michel Kemper |
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JACQUES BERTIN, “Comme un pays”
Sur l’étagère, entre "Les cadets de Saumur" et "Les années déchirements", Jacques Bertin vient de poser douze nouveaux textes, douze nouvelles chansons, douze nouveaux poèmes, tant écriture et musique sont chez lui indissociable. Une bataille menée sans relâche, loin, bien loin, d’un show-biz qui l’ignore superbement. Comme Leprest, autre tricoteur de mots, le Rennais est confidentiel. Mais ô combien essentiel. N’en déplaisent à ceux qui ringardisent cet art qui, chez Bertin, ne souffre aucune concession. Orchestration soignée, ce successeur attendu à "No Surrender !" s’ouvre superbement par une déclaration d’amour à "La Loire", fleuve sauvage qui l’accompagne dans ses pensées. Comme à son habitude, Jacques Bertin évoque la guerre, l’amitié ("Ah, vieil ami..."), la vie qui passe. Il parle d’amour, de livres et du pays. Ambiance jazzy ou piano bar, accordéon discret, phrasé reconnaissable et voix chaude, Jacques Bertin continue sans sourciller à marcher dans ce sillon tracé depuis quarante ans, défendant sans complexe une certaine idée de la culture, de la musique. Tel un Leclerc dont le Québec est si fier.
Stéphane Guihéneuf
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JACQUES BERTIN, “Comme un pays”
S’il est un artiste rare, dans tous les sens du terme, c’est bien Jacques Bertin. Formidable poète, il est aussi ignoré des médias qu’adulé par une diaspora d’admirateurs, dont je fais partie, que fascine son approche intransigeante de la chanson. Son premier album, c’était en 1967. Une vingtaine ont suivi. Le dernier, Que faire ?, c’était en 2007, un enregistrement public. Mais depuis 2005 et No surrender (“Pas de reddition”, tout un programme) Jacques Bertin n’était plus entré en studio. C’est fait avec Comme un pays. Douze chansons neuves mises en boîte en janvier dernier avec cinq complices, dont le fidèle Laurent Desmurs (piano/claviers) qui signe aussi les arrangements. Plutôt que de me paraphraser, je reprends ici l’essentiel d’une chronique qui paraîtra début juillet dans le numéro 22 de la revue urbaine nantaise Place Publique. J’y écris que, pour parler des chansons de ce nouvel album, «des émotions qu’elles véhiculent, de l’éblouissement des mots qui les habitent, de leur force poétique exceptionnelle, de leur intemporalité à l’époque des modes en accéléré, de la voix si humaine de leur interprète, il faudrait d’autres outils que ceux dont use habituellement le chroniqueur. Surtout ne pas se lancer dans des comparaisons et des dépeçages, tant c’est le parcours entier de Bertin qui fait œuvre. Une œuvre magnétique et ample comme la Loire que Jacques célèbre si bien et qu’il a choisi de contempler à demeure depuis sa maison de Chalonnes. Une fois de plus, d’ailleurs, c’est le fleuve royal, « paysage des rois heureux», qui déploie ses boucles en ouverture du nouvel album. Rien, absolument rien, n’est à jeter dans ces “tableaux” ultrasensibles qui rêvent de la fin des errances, de chansons d’homme, de mâle mort, des amies/sœurs (une de ces lyriques psalmodies dont Bertin a le secret), de la vision à la guinguette d’une femme en robe blanche… Mais sur le mode de la jeunesse envolée, de la nostalgie blessée, des rêves fracassés, des colères inextinguibles, qu’il explore comme nul autre, c’est dans trois textes que le grand Jacques touche particulièrement : Ah, vieil ami («Restons groupés, restons ensemble»), Le passé ? (« Un passé avec des ancêtres des ancêtres des ancêtres/une foule d’ancêtres montés d’infinis là-bas »), et le déchirant Curés rouges («C’était jadis… Et c’est pour toujours dans ma tête/C’était jadis et il ne reste rien de vous»). Attardez-vous un instant sur les illustrations de la pochette et du livret. Ces bouquins qui reposent de guingois, avec deux visages féminins, sur des rayonnages sont ceux de l’artiste et composent de lui une attachante esquisse de portrait. Comme un pays… CD Comme un pays, 12 titres, 46’09. Velen/EMP-Socadisc.
Jean Théfaine
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Chanson
Jacques Bonnadier
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La rédaction a écouté... Comme un pays
Chez lui, chaque mot compte. Et chaque chanson a fait l'objet de tant d'attentions. Une livraison de Jacques Bertin est une nouvelle invitation à aimer, comme lui, ces bords de Loire. Et à regarder le temps qui coule, comme dans le long lit sablonneux. Le chanteur qui ne s'est jamais éloigné de son sillon parle encore si bien de l'amitié, de la jeunesse dont on ne guérit jamais, des sentiments qui fuient et de ces modestes toujours en quête de justice, comme avec ces Curés rouges. Jacques Bertin garde ce ton juste et le mot vrai.
Didier Gourin |