Ouest-France 18 mars 2015
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Le poète, le maire et la Maison de la chansonUn musée pour la chanson française, une maison pour ses amoureux. Jacques Bertin, le poète chanteur de Chalonnes, en a lancé l'idée. Une bouteille à la mer qui pourrait faire des petits... près de Nancy.
L'histoire Né à Rennes en 1946, il n’a jamais transigé avec les modes, polissant sur l’ouvrage près d'une trentaine d'albums où la poésie, souvent lyrique, la voix, chaude, ample, et la musique, au service du sens, font leur chemin en vous avec le temps. Le temps : l’un des thèmes de prédilection d'un artiste trop peu goûté, mais qui a su vivre cette relative désaffection avec emportement et humour. “La dignité, c’est mon hobby à moi”, a-t-il résumé un jour.
“Une idée à partir de rien” Un jour aussi, ce fils de Loire, revenu vivre en 2003 à Chalonnes (Maine et Loire) au pays de l’enfance, a lancé une idée. “Purement théorique, venue à partir de rien : si on faisait un conservatoire national du patrimoine de la chanson française”, s’interroge-t-il encore dans le café du bourg où on le rencontre. Avec la légitimité qui est sienne, avec la méticulosité du rimeur, il a détaillé ce projet dans l’artisanat de ses livres, réalisés avec le même amour du métier que ses chansons (1). Projet soumis au ministère de la Culture. “Sans illusion ! Réponse négative. Mais j’étais flatté !” Et puis rien. Et puis un jour “je donne un concert à Vandoeuvre, 30 000 habitants près de Nancy. Le maire était là. A la fin il m’a dit : “Ça m’intéresse votre idée ! Je vais le faire ici !” Cet original de maire, c’est Stéphane Hablot. Enfant de Longwy, il a connu les manifestations où l’on a défendu puis pleuré la mort de la sidérurgie lorraine. Un socialiste pas hors sol, qui connaît son Bertin sur le bout des doigts. Vraiment intéressé par le projet ? “Oui, répond-t-il au téléphone, j’adhère à mille pour cent ! La chanson s’inscrit dans l’histoire des hommes. Créer un lieu de mémoire ouvert aux sociologues, aux artistes et au public : voilà ce qu’on souhaite. Il faut donner des moyens à la chanson française. Elle a été trop longtemps laissée en jachère, méprisée.” Résultat, Bertin est désormais embarqué dans l’affaire. Une rencontre a été organisée fin janvier, sur place, dans la principale ville de la banlieue nancéienne, avec des amis venus de partout. On y a mêlé réflexion sur le projet Mahicha (pour Maison de l’histoire de la chanson) et intermèdes musicaux avec Michèle Bernard, autre grande voix de la chanson. Également présents, Jacques Vassal ou Martin Pénet, parmi les meilleurs connaisseurs du genre. Un comité de soutien s'est constitué.
“Des trésors à protéger” On va se revoir en juin pour avancer. Accueillir les premières collections du musée. Exemple ? “Jean Dufour. l'impresario de Félix Leclerc, a huit mètres linéaires d'archives... Qu’est-ce que ça devient quand il ne sera plus là ? Il y a des trésors à protéger”, s’enflamme Bertin, heureux de ce “projet inespéré. Il nous permettra d'honorer plein de copains dont les disques ne circulent plus. De mettre sur un pied d’égalité tous les chanteurs.” Le maire confirme “Bertin, toute sa vie, a oeuvré pour passer à travers les tempêtes. Il sait travailler avec les habitants, les militants. dans des petites structures. On y va progressivement puis on demandera le concours de l'Etat. Par ces temps de recherche d’identité, trouver 100 000 € pour défendre l’histoire de la chanson française, ça doit être possible !” Dommage que ce soit aussi loin de la Loire… Laurent GAUCHOT.
(1) Déjà dans Chante toujours, tu m'intéresses, Seuil, 1981 puis dans Reviens, Draïssi, Ecrits sur la chanson, Le Condottière éditeur, 2006.
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